Le retour au camp de base avait été chaotique pour les hommes de Zorn ; la brume dense et épaisse rendait la progression incertaine, et les deux blessés ralentissaient la colonne. Les soldats étaient pour la plupart assez choqués par les événements survenus à Luzii. Les deux jeunes, Aktorn et Wilfried étaient livides et tremblaient de tous leurs membres.
Dans la tente du capitaine, Farzog était avachi sur le lit de camp, vidé de toute son énergie. Ses traits étaient tirés et son teint était gris. Il avait quand même trouvé la force d’appliquer un onguent sur la blessure de Zorn et de lui fixer la jambe à l’aide d’une attelle. Ce dernier, écroulé dans son fauteuil, buvait une infusion calmante de menthe et de camomille.
- On l’a échappé belle ! dit Farzog dans un murmure. On aurait pu y rester tous les deux si je n’étais pas intervenu. Ce diable de budze nous a envoyé une projection d’une puissance inouïe !
- Merci de m’avoir sauvé la vie, Compagnon ! Sans vous, mon cœur aurait lâché. Je me suis vu mourir. Cette magie m’a paralysé les muscles cardiaques et j’ai perdu connaissance pendant quelques instants. Qui est ce magicien maléfique ?
- Je ne le connais pas ! Il doit s’agir du budze de ce village maudit. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas ménagé ses efforts pour entraver notre action.
- En effet. J’allais faire parler ce vieil homme, il était sur le point de cracher le morceau…
- Je ne crois pas ! Il me paraissait sincère. Il ne savait rien. Son fils non plus. Il va falloir nous y prendre autrement pour capturer ce jeune Amibatah. Il doit sans doute être sur ses gardes maintenant, mais je suis persuadé qu’il tentera de retourner chez lui, ou chez des amis. Je suggère donc que nous postions quelques hommes en faction à chaque entrée du village, pour pouvoir le cueillir au moment où il ressentira le besoin de revenir chez lui.
- Vous avez raison. Je choisirai quatre hommes aguerris qui se chargeront de cette mission. Nous devons redouter des représailles de la part des villageois s’ils rencontrent nos soldats. Ils devront être prudents.
-Quelles sont vos intentions pour la suite, Capitaine ? Nous ne pouvons en tout cas pas retourner au château les mains vides. Bargarn ne nous le pardonnerait pas.
- Vous avez raison. Il faut organiser une chasse à l’homme et le ramener pieds et poings liés à notre roi. Mais nous ne pouvons pas garder toute la troupe avec nous. Nous sommes trop lourds, et lents à nous déplacer. Je propose qu’une partie des hommes, avec les chariots et une grande partie du matériel s’en retourne à Tarbagh. Je veux aussi m’assurer qu’Aktorn revienne sain et sauf au château. Je crois qu’il en a assez bavé dans cette confrontation. Il faudra que nous lui parlions pour nous rendre compte de son état.
- Oui, c’est indispensable. Il devra rentrer chez son père. Je lui parlerai et j’intruserai son esprit pour réaménager ses souvenirs. Je ne veux pas qu’il soit durablement secoué par ce qu’il a vu et entendu.
- Nous le renverrons donc vers son père avec Wilfried et Gremlyn, le maître d’armes. C’est lui qui commandera le détachement qui retournera au château. Je lui confierai mon rapport détaillé, ainsi que le bras de ce vil paysan qui nous a résisté. Ce sera une preuve tangible qui montera que nous avons mis en œuvre des moyens coercitifs convaincants pour retrouver le fugitif, et que nous comptons mener à bien notre mission.
- Bonne idée ! s’exclama Farzog. C’est une promesse de réussite que nous lui enverrons, comme un premier trophée. Mais ce ne sera pas suffisant. Nous devrons lui transmettre notre plan d’action pour le rassurer sur l’issue de notre expédition…
- Nous formerons une troupe de douze cavaliers dont je prendrai la tête. Ma blessure ne m’empêchera pas de chevaucher. Vous nous accompagnerez pour continuer à me soigner, et pour nous protéger contre toute attaque non militaire. Je ne veux pas risquer de me trouver face à ce budze, ou tout autre magicien vindicatif sans votre science.
- Evidemment ! Mais il m’arrivera de chevaucher seul, pour suivre une piste dictée par mon intuition, ou pour mettre en œuvre des pratiques qui nous faciliteront la tâche.
- Je vous accorde cette liberté d’action. Vous ferez selon votre manière, mais je veux être en contact avec vous au moins une fois par jour pour que vous me fassiez état de vos résultats ou de votre stratégie. C’est une condition non négociable.
-Si vous insistez ! Je ferai comme vous me le demandez, lâcha-t-il, car c’est aussi dans mon intérêt. Et puis, j’aurai aussi besoin de protection militaire, car je ne sais pas manier les armes blanches.
- Marché conclu ! Je vais donner les ordres pour que les quatre hommes aillent prendre faction près du village et ordonner à Gremlyn de préparer le départ du gros de la troupe. Nous nous séparerons demain, car nous avons tous besoin de prendre du repos. Et vous aussi ! Vous avez triste mine !
-Effectivement, je suis à bout de forces. Je vais prendre une potion qui me permettra de récupérer mes facultés, car j’ai dissipé une quantité phénoménale d’énergie vitale dans cette confrontation. Je vais sûrement en payer les conséquences pendant plusieurs jours.
De retour au campement, Aktorn était dans un état de fébrilité dont il ne parvenant pas à se défaire. Il était transi de froid et son esprit était particulièrement agité. Il n’avait pas pu avaler la moindre nourriture et pour autant, il n’arrivait pas à s’apaiser. Wilfried, au contraire, s’était pelotonné dans un coin sous une chaude couverture et s’était endormi comme une masse. Le jeune prince, encore bouleversé par ce qu’il avait vu et ressenti, vivait dans une telle agitation qu’il ne sut comment gérer, jusqu’à ce qu’il se mette à étriller son cheval. Le contact chaud de l’animal lui permit de retrouver une certaine sérénité et il put à nouveau canaliser son énergie pour analyser plus calmement les derniers événements : l’arrivée au village, l’irruption des hommes dans la maison de l’homme que l’on appelait Dennish, la torture qu’on lui infligea, ainsi qu’à son fils aîné, le bras coupé… Puis cette attaque extraordinaire qui frappa le capitaine et le perviche… Ceci en particulier le troublait un plus profond de son esprit… Il ne parvenait pas à mettre des mots sur ce qu’il avait vu.
Alors qu’il était plongé dans ses pensées, sombres et empreintes de mystère, un soldat s’adressa à lui pour lui demander de le suivre, car le capitaine Zorn désirait le voir. Il laissa là son cheval qu’il avait fini d’étriller et accompagna le soldat vers la tente du capitaine.
- Entre Aktorn, et assieds-toi sur cette chaise. Maître Farzog et moi-même désirons te parler.
Le jeune homme obéit sans hésiter et regarda à tour de rôle les deux hommes qui arboraient une mine grave et défaite. Le capitaine, dont la jambe bandée était posée sur une caisse, était assis dans son fauteuil, et Maître Farzog, debout en retrait dans un coin de la grande tente, buvait une infusion dans une tasse en terre cuite. Visiblement les deux hommes étaient éprouvés, eux aussi, et cette constatation le rasséréna quelque peu.
- Comment allez-vous, mon jeune ami ? Avez-vous été blessé ?
- Non, mon Capitaine, je vais bien, mentit-il sans sourciller.
- Maître Farzog voudrait s’en assurer et vous faire boire une potion qui vous fera du bien.
Le perviche s’approcha de lui et lui tendit une tasse fumante dégageant une forte odeur.
-Buvez ce breuvage, mon garçon. Il vous aidera à vous détendre, lui dit Farzog. Asseyez-vous ici et parlons un peu.
Pendant qu’il buvait à petites gorgées, perché sur une grande chaise agréablement capitonnée, le breuvage amer mais agréablement sucré que lui avait offert le perviche, le capitaine Zorn prit une grande inspiration et se confia à lui d’un ton lui laissant sentir qu’il était un membre de la troupe, bénéficiant de surcroît du privilège d’être tenu aux courant de la situation avant les autres.
- Nous avons vécu ce matin une grosse déconvenue. Non seulement nous n’avons pas retrouvé la personne que nous recherchions, mais nous avons été la cible d’une attaque traître que nous devrons venger. Cependant, tous ne pourrons pas rester ici pour mener cette mission à son terme. Nous sommes trop nombreux, et de ce fait, trop vulnérables. Une grande partie de la division devra retourner au château, tandis que les hommes les plus aguerris poursuivront la mission. Maître Farzog et moi-même pensons qu’il serait sage que vous retourniez au château, auprès de votre père. Nous ne pouvons plus assurer raisonnablement votre sécurité. Vous retournerez donc sous les ordres de Gremlyn, avec lequel vous pourrez continuer l’entraînement, comme votre père vous l’a demandé. Vous partirez demain, après une bonne nuit de repos.
Aktorn se sentit flatté par le discours franc et direct du capitaine, qui prenait le temps de lui expliquer ses intentions. Il se sentait d’ailleurs de plus en plus détendu et euphorique. Il se permit de s’adosser dans la grande chaise rembourrée et se laissa envahir par la sensation d’euphorie qui commençait à l’envelopper. Tout son corps aspirait à trouver la quiétude et la sérénité, et sa présence dans la tente du capitaine, sous protection rassurante de deux hommes forts du camp, contribuaient à accentuer ce délicieux sentiment d’apaisement. Il opina doucement aux paroles de Zorn, tout en imaginant son retour au château, la joie de son frère, la puissance de son père, la douceur de sa mère…
Farzog vint alors s’asseoir sur la chaise qui était disposée près de lui et posa sa main sur son bras. Ce contact, intense, bien que doux, lui donna un sentiment de sécurité bienfaisant.
- Mon Prince, tu as été bien brave aujourd’hui, et ton père apprendra que tu as fait preuve de bravoure en ce jour. Cependant, j’ai des raisons de penser que ce que tu as vu aujourd’hui a pu t’ébranler. Je voudrais t’aider à retrouver la paix de l’âme et à mettre du sens dans ce que tu n’as pu entièrement comprendre. Je voudrais entrer en contact profond avec toi et te permettre d’y mettre bon ordre. Le veux-tu aussi ?
Aktorn, par l’effet euphorisant du breuvage, avait levé toute défense et sentait son corps glisser dans la chaise. La voix grave et profonde du perviche lui parvenait comme à travers un voile. Il eut la force d’acquiescer dans un grognement qui se voulait explicite. Tout ce que lui avait dit Farzog sonnait juste dans sa tête, et ses paupières devinrent lourdes, très lourdes. La voix du perviche se mit alors à le guider.
- Il est parfaitement normal que tes paupières s’alourdissent et que tu voies tes paupières se refermer sur tes yeux. Et pourtant, tu pourras continuer à voir… à travers ma voix.
Celle-ci s’était faite plus douce, plus grave, plus lente, et à mesure qu’il parlait, son esprit put, petit à petit, avec infiniment de respect, s’immiscer dans l’esprit ouvert et confiant du jeune homme.
- Je voudrais maintenant que tu repenses à un événement heureux que tu as vécu récemment, un instant où tu étais fier de toi, un moment où tu avais de la joie dans ton cœur. Ce jour-là, tu vas pouvoir le revivre comme si tu y étais, comme s’il se passait maintenant, mais avec les yeux du jeune homme que tu es présentement.
Farzog, son regard plongé dans l’esprit d’Aktorn, vit alors avec netteté une scène surgir au travers des yeux du garçon. L’action se déroulait dans la grande cour du château, sous le regard de Gremlyn et de Bargarn. Aktorn, sur son cheval, était en train de passer sa dernière épreuve de cavalier. Il avait un parcours à effectuer avec des obstacles et des cibles à atteindre avec son épée. La scène commençait au moment où il recevait les dernières instructions de la part de Gremlyn pour qu’il réussisse son parcours, qu’il avait accompli à de nombreuses reprises au cours des entraînements. Il était prêt. Alors il s’élança avec courage et détermination, guida son cheval à travers les obstacles que son maître avait placés et il réussit à atteindre toutes les cibles avec son épée.
Pendant qu’il visualisait cette scène au travers des yeux d’Aktorn, Farzog ressentait les émotions du jeune homme qui s’appliquait de tout son cœur pour obtenir la reconnaissance de Gremlyn et de son père ; il mit toute son adresse à contribution pour réaliser le parcours parfait et il y parvint. Parvenu au terme de l’épreuve, il entendit l’assistance applaudir à son exploit qui marquait une étape importante de sa formation de guerrier. Il chercha son père du regard pour y trouver de la fierté, mais ce dernier était absorbé dans une discussion acharnée avec Aménodon, le Grand Chambellan, qui avait rejoint la loge de son père. Ce dernier ne leva même pas la tête pour quittancer son fils de son exploit, et une tristesse profonde l’envahit son cœur de petit garçon. Gremlyn s’approcha de lui pour l’aider à descendre de cheval et le félicita :
- Bravo Aktorn, tu as accomplit un superbe parcours. Tu es maintenant prêt à entrer à l’école militaire et continuer ton entraînement. Je suis fier de mon élève aujourd’hui.
En descendant de cheval, il jeta un dernier regard vers son père qui n’avait pas daigné lever la tête, ravala sa tristesse comme on réprime une nausée et se rengorgea de fierté devant le regard admiratif que lui adressa son jeune frère Shanon.
Farzog se sentit touché par l’intimité de la scène qu’Aktorn lui avait donné à partager à son insu, et il ne laissa rien paraître qui puisse laisser la moindre impression qu’il y ait eu intrusion de sa part.
- Et maintenant, je vais te faire encore voyager dans le temps et te ramener en ce jour, dans le village de Luzii. Tu vas pouvoir revoir tout ce qui s’est passé ce matin, tu verras cette scène avec les yeux de quelqu’un de fort, qui regarde les actions et écoute les paroles avec une grande distance, comme si tu n’en faisais pas partie, comme si tu étais extérieur et pas concerné par la situation. Ton esprit peut faire cela, naturellement. Les images arrivent, les souvenirs affluent, nous sortons de la forêt, et nous entrons dans le village…
Le prince Aktorn, chevauchant sa jeune à la robe clair, pénétra dans le village et, à la suite du capitaine et de Farzog, parvint devant la maison de celui que l’on cherchait.
Le sentiment qui dominait le garçon était la peur, une peur sourde et ravageuse qui lui tordait l’estomac et pesait sur la nuque et les épaules. Celle-ci se dissipa quelque peu lorsque les deux hommes descendirent de cheval et investirent résolument la maison de Dennish. Puis lorsque Zorn et Farzog pénétrèrent dans la demeure pour la fouiller, le regard d’Aktorn se dirigeait vers les hauteurs du village. Quelque chose avait attiré son attention… Là, sur un promontoire surplombant le village, il y avait trois personnes qui observaient la scène en se cachant. Pour éviter d’assister à l’altercation violente qui se déroulait devant la maison de l’homme, Aktorn avait dirigé son attention sur ces jeunes gens. Il avait focalisé son esprit dans cette observation et rien d’autre ne pouvait l’atteindre. D’une certaine façon, il se protégeait de la violence. Même les voix des personnes autour de lui étaient comme voilées et n’avaient aucun impact sur lui. Farzog eut un choc en découvrant ce qu’Aktorn avait vu, et que lui ne pouvait avoir vu, en raison de son angle de vision, d’une part, mais aussi parce qu’il était attentif uniquement à ce que le capitaine Zorn était en train d’infliger à ce père et à son fils. Il comprit que le garçon qu’ils cherchaient était l’un des trois observateurs et qu’il avait manqué d’intuition à ce moment précis. Ce qui frappa aussi Farzog, c’est qu’Aktorn ne développait aucune pensée sur la présence de ces trois enfants ; il ne se posait aucune question, ne cherchait pas à mettre du sens sur ce qu’il voyait, et à plus forte raison, ne cherchait pas à prévenir les hommes. Il avait focalisé son esprit sur cette vision, qui le protégeait de la violence se déroulant sous ses yeux.
Soudain, il y eut une sensation inconnue qui détourna violemment le prince de son observation. A ce moment, il perçut distinctement la projection qui s’abattit sur le capitaine Zorn et qui vint le frapper directement au cœur. Le pinceau couleur bleue métallique s’insinuait dans l’organe palpitant et le paralysa. Il vit alors la source provenant de cet homme coiffé d’un bonnet de fourrure, tenant un bâton de pouvoir. Puis il vit distinctement la parade de Farzog qui déploya rapidement une sorte de bouclier violacé. Puis l’ombrelle se changea en un trait brûlant et pourpre qui vint frapper en retour. Un goût amer et puissant avait envahit sa bouche, et cette sensation lui procura une certaine réjouissance que le magicien perçut dans l’esprit de son jeune protégé.
Farzog, dans l’esprit d’Aktorn, fut abasourdi par la vision que le jeune avait eu de cette confrontation et il s’aperçut que l’esprit du jeune homme était entré en syntonie avec lui durant ces quelques secondes de lutte. La perception sensorielle des projections de magie que le jeune prince était capable de manifester était exceptionnelle : il pouvait percevoir physiquement les projections que les autres ne pouvaient percevoir, et ceci même bien mieux que lui. Il en conçut de l’admiration mêlée de jalousie.
Soudain, alors que les deux forces antagonistes s’affrontaient, il vit et surtout comprit ce qui s’était passé. Une onde invisible vint troubler le lien syntonique qui l’avait relié le jeune homme et une décharge d’une puissance inouïe provenant du cristal serti sur le bâton de pouvoir se déchaîna sur lui-même, Farzog, et il se vit littéralement projeté à terre. Cette décharge aurait pu atteindre le prince, mais il en fut épargné grâce à cette vibration trouble qui était intervenue juste avant l’impact fatal. Il vit son propre corps secoué de tressaillements, affalé sur la terre, alors que lui même était inconscient, et vaincu. Le perviche comprit alors l’erreur qu’il avait commise, et la nature du pouvoir qui avait eu raison de lui. Il avait focalisé son énergie à contre-attaquer, mais avait complètement omis de se protéger. Il avait agi par excès de confiance, et péché par orgueil. Le point de vue que lui avait procuré la vision d’Aktorn lui avait été d’un précieux enseignement. Ses pensées mêlaient la reconnaissance envers Aktorn dont l’esprit avait été un canal pour recevoir ce précieux enseignement, et la colère de s’être laissé surprendre et d’avoir perdu une quantité phénoménale d’énergie vitale dans cette confrontation.
- Ce que tu as vu t’appartient, ce que tu as compris t’appartient, ce que tu as appris t’appartient ! murmura Farzog d’une voie feutrée dans le creux de l’oreille du jeune homme absorbé dans sa transe.
- Ce que tu as vu est trop fort et trop extrême pour rester dans ta mémoire immédiate. Tu dois le considérer comme un événement exceptionnel que seul un initié peut recevoir et utiliser. Nous allons déplacer ce morceau de mémoire, comme on découpe un parchemin de peau. Sur ce parchemin de peau, il y a ce secret qu’il faut protéger d’une mauvaise utilisation, et cacher dans un endroit que seuls, toi et moi, connaissons, un recoin de ton esprit où tu ne vas jamais, une cachette profonde et protégée de tout dévoilement. Tu pourras y retourner seulement à partir du moment où tu auras été initié au savoir occulte de la magie pönbo par un maître. A ce moment, tu pourras utiliser le secret que tu as entraperçu aujourd’hui.
- En te réveillant, tu auras oublié ce que tu as visionné avec les yeux de ton esprit en ce jour, et aucun souvenir ne viendra affecter tes pensées et tes rêves. Tu as été brave, et nous sommes tous fiers de toi.
- Ton esprit va maintenant revenir ici, dans cette tente, et maintenant, quand j’aurai compté jusqu’à cinq. Un, tu quittes cet endroit entre deux mondes en le laissant derrière toi, deux, tu parcours le chemin qui te ramène ici et maintenant dans cette tente, trois, ton esprit s’éveille complètement et retrouve toutes ses facultés, quatre, tu ressens plein de vigueur dans ton corps, CINQ, tes yeux s’ouvrent.
Les yeux d’Aktorn s’ouvrirent d’un coup, et parcoururent l’espace de la vaste tente ; il regarda d’abord le capitaine Zorn, qui était assis dans son fauteuil, puis Farzog, assis à sa droite, et se redressa lentement. Un long soupir franchit ses lèvres.
- Mon Prince, répéta Farzog sur le même ton employé au début de la conversation, tu as été bien brave aujourd’hui, et ton père apprendra que tu as fait preuve de bravoure en ce jour!
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Sur le chemin de Lassar
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L'orage sur Luzii
Le calme après la tempête
Le village de Luzii
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