Préambule et avertissement au lecteur

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Bienvenue dans le monde magique du Royaume de Morthag. Les Arcanes de l'Esprit commencent ici...

Au fil du récit des aventures du jeune Amibatah et de Aktorn, vous serez entraîné dans un monde imaginaire, cruel et magique... dont vous ne ressortirez pas indemne. Les sentiments les plus nobles et les passions les plus viles vont se heurter et s'entrechoquer, obligeant les personnages à entrer dans des cycles d'évolution hors du commun, suivant les méandres d'un destin supérieur qui les dépasse, et à parcourir des sentiers inconnus et inquiétants...

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18. Le royaume de Loxydis

- Aujourd’hui, pour ta première leçon, nous nous rendons au Monolithe de la Clairière. C’est un endroit parfait pour se connecter à l’esprit du Gamdza. Tu vas y recevoir l’initiation traditionnelle qui t’ouvrira les portes vers la dimension te permettant de voyager d’une entité à l’autre…
Ils faisaient chemin depuis le début de la matinée, accompagné de Spark, qui cheminant à leur côté, et Norwan lui donnait les instructions basiques pour le préparer psychiquement et physiquement. Ils avaient adopté un rythme soutenu, en n’ayant bu qu’une tasse de thé légèrement sucrée, si bien qu’Amibatah commençait à ressentir une impression de vertige. Soudain, Norwan s’arrêta en scrutant le ciel, et il tendit le doigt en direction d’un rapace qui tournoyait autour d’un pic environnant.
- Regarde, c’est l’aigle royal !
Amibatah profitant de cette aubaine pour récupérer un peu son souffle, regarda dans le ciel dans la direction indiquée par Norwan. Le rapace était majestueux dans son vol. On pouvait apercevoir les petits mouvements de ses rémiges qui lui permettaient s’ajuster sa trajectoire à chaque petite variation du vent.
- Observe bien comme il fait pour chercher les courants ascendants en frôlant la paroi rocheuse. Sa précision, sa majesté, sa liberté… imagine qu’un jour tu puisses voler avec lui.
Amibataha laissa son esprit aller et s’imagina à la place de l’aigle, tournoyant dans les airs, avec le sentiment de dominer le monde. Ils restèrent plusieurs minutes, s’abimant dans la contemplation des évolutions du rapace, dans un silence recueilli. Le garçon s’apperçut qu’il pouvait diriger son attention vers les bruits qui animait le pâturage parsemés de bosquets: le chant des pinsons, si mélodieux, le bourdonnement des mouches et des bourdons, l’appel des coucous, le roulement des pierres sous les sabots légers des daims. Tous ces sons parvenaient aux oreilles du garçon, éveillé par l’appel de la nature.
- Viens, continuons notre chemin, nous sommes presque arrivés, dit Norwan d’une voix douce. Tu vois ce gros bouquet d’arbres, là au loin ? C’est au cœur de cette petite forêt que les anciens ont érigé un monolithe, qui sert de porte vers d’autres dimensions depuis des millénaires. C’est là que nous allons te donner ton initiation. Je dis « nous », car ce lieu est habité par l’esprit très ancien d’une femme qui garde le passage et qui va nous accompagner dans le rituel.
- Je ne risque rien, n’est-ce pas ? Dis-moi !
- Si tu gardes ton esprit ouvert, rien ne peut t’arriver. Ce n’est que si tu te fermes que les événements risquent de te passer au travers, sans t’atteindre. Donc, en théorie, tu ne risques rien. Tu risques juste de voir un reflet de toi-même que tu n’aimes pas car tu ne connais pas ta partie sombre. Rien de plus, mon garçon !

Ils arrivèrent quelques minutes plus tard près de la petite forêt qui avait l’air très dense, comme protégée par un rempart de buissons et de ronces qui en bordait l’orée. On ne pouvait pas voir ce qui se passait au cœur de cet espace. Ils le contournèrent par la droite et finirent par trouver une ouverture légèrement dégagée qui débouchait sur un sentier à peine tracé au milieu des feuillus trapus et des mélèzes majestueux qui gémissaient sous la brise encore légèrement fraîche. Cette forêt abritait de nombreux animaux qui y avaient élu domicile et qui vivaient dans ce microcosme dans une certaine harmonie. bien partagé.
Norwan prit la tête, suivi du jeune homme, Spark fermant la marche ; le chien, par sa démarche circonspecte, semblait conscient de la magie qui se dégageait des lieux Le sentier le mena vers une trouée herbeuse, au milieu de laquelle dardait un menhir de taille moyenne qui devait bien peser trois tonnes. Tout autour était tracé un sentier d’une centaine de mètres qui faisait le tour du monolithe. Norwan s’arrêta au bord du cercle sacré et s’inclina imperceptiblement. Il demeura silencieux quelques instants. Ce lieu inspirait une révérence, et la magie qui s’en dégageait était tout à fait perceptible. La puissance ancestrale du site dégageait une quiétude très particulière et l’air ambiant vibrait de façon subtile.
Norwan commença lentement à parcourir le cercle sacré, dans le sens des aiguilles d’une montre, suivi de près par Amibatah et Spark, qui donnait l’impression de se déplacer avec précaution. Tout en effectuant cette circambulation rituelle, ils regardaient autour d’eux la vie qui suivait son cours, sans être le moindre du monde influencée de la présence de ces deux humains et du chien. Les écureuils se poursuivaient et sautaient de branches en branches, les oiseaux distillaient leur chant estival, la petite famille de biches, trois femelles et deux faons, qui les regardaient se déplacer sans bouger, avant de reprendre leur activité, en quête d’un peu de ce feuillage abondant, à portée de leurs babines.
Quand ils eurent fini d’effectuer leur tour, ils pénétrèrent dans le cercle en marchant précautionneusement en direction du rocher planté au milieu du cercle. Le bloc de roche n’aurait jamais pu arriver tout seul en cet endroit s’il n’avait été délibérément placé là par la sagesse des Anciens. Ils s’approchèrent du bloc de granit et en firent le tour en caressant sa surface. Amibatah effectuait exactement les mêmes gestes que Norwan, et ceux-ci lui parurent tout à fait naturels, comme allant de soi. Sur la face dirigée vers l’est, il y avait un dessin gravé représentant une fleur fait de cercles et dessinant une étoile à six branches, toute patinée par le temps.
Norwan déploya une couverture qu’il sortit de sa besace ; il en sortit également une amulette de bronze, un petit pot en terre cuite hermétiquement fermée et une petite lampe qui renfermait une bougie longue durée, qu’il entreprit d’allumer avec son briquet à amadou.
- Va me chercher hors du cercle des fleurs, des jolies pierres et du bois pour faire des offrandes ! Sors et rentre dans le cercle en repassant exactement par le même endroit où nous sommes entrés. Par contre, tu n’as plus besoin de faire le tour en revenant.

Amibatah s’éloigna dans la forêt, tandis que Norwan s’affairait à préparer la cérémonie. Quand le jeune homme revint, il avait confectionné un bol d’offrande dans le creux d’une vieille écorce de sapin recouvert d’une plaque de mousse dans lequel il avait disposé avec soin un petit bouquet de violettes, trois belles pierres blanches, une pierre verdâtre, une grosse pomme de pin, un champignon dodu et odorant et un morceau de branche tout poli qu’il avait ramassé parce que cela lui faisait penser à un lézard ou un grand triton tout fin. Norwan prit un temps pour admirer la composition de son offrande, puis il l’invita à déposer son plateau au pied du menhir, sur le petit promontoire placé juste sous la gravure antique.

- Assied-toi sur la couverture en évitant de tendre tes pieds en direction du monolithe. Je vais te donner à manger de la racine broyée, dont le goût est un peu amer. Mais cela te permettra d’ouvrir les portes de ton esprit. Aie confiance aux esprits que tu rencontreras. Ils seront là pour t’accompagner et te guider.
Amibatah s’installa confortablement, l’esprit dégagé, bien qu’une petite crainte vînt le chatouiller le creux du ventre. Et si Norwan n’avait pas les intentions qu’il prétend… Il chassa cette idée et décida de se lancer dans l’aventure. Tout ce qui s’était passé en quelques jours s’estompa de son esprit pour faire place à cette entrée dans le monde du Gamdza.
Norwan s’accroupit devant lui et lui tendit une cuillère contenant une pâte jaunâtre qu’il avait pétrie dans la tasse. Cette petite cuillérée lui remplit la bouche et se colla sur toute sa cavité buccale. Il suffoqua et manqua de tout rendre, mais il n’en fit rien.
-Mâche bien cette pâte et avale-Mange calmement ! Prends le tout avec beaucoup de salive ! Prend ton temps, nous avons vingt-quatre heures devant nous.
La pâte absorbait immédiatement la moindre goutte de salive et asséchait sa bouche, au point qu’il manqua à plusieurs reprises de tout vomir. Mais il se retint et avala cette première bouchée avec beaucoup de difficulté. Il dû avaler ainsi trois grosses cuillérées, si bien qu’à la fin, il avait les larmes aux yeux, tant l’effort lui avait coûté.
- Tout d’abord, il faut que je t’explique deux ou trois choses. Sache que notre dimension est limitée par l’espace et par le temps. Notre corps subit ces limites qui sont comme une prison ; mais notre esprit peut passer sur un autre plan d’existence et s’affranchir de ces limites. Ici, nous sommes en un lieu qui favorise le franchissement de l’esprit vers les autres dimensions; c’est une porte sur d’autres mondes qui est gardée par une fée très ancienne. Elle maîtrise parfaitement son apparence, ce qui fait qu’elle t’apparaîtra comme elle le voudra, à tes yeux seulement. Il s’agit de Destrya, la grande sorcière, qui jadis refoula de ce monde les Elfes qui voulaient conquérir toute la forêt, du temps où les hommes n’étaient qu’au stade de lutter pour leur survie.
Tu vas apprendre à te décorporer et à entrer dans une autre dimension, celle de la mémoire du Gamdza. Le Gamdza est à l’origine de la vie, de toute la vie manifestée ici et ailleurs ; il est ce par quoi nous transitons dans ce monde vers un autre, il est le tout et le vide en même temps. Il te permettra, si tu apprends à le maîtriser, de te transporter vers une créature de ton choix et de rentrer dans son corps pour voyager. Le Gamdza ne représente personne que tu puisses vénérer, mais tu le vénères en respectant chaque objet de la création, comme tu viens de le faire avec tes offrandes. C’est avec ces offrandes que tu vas rencontrer Destrya et que tu vas voyager. Moi je reste ici pour veiller sur toi durant ton voyage. Si ton corps a besoin de quoi que ce soit, tu n’auras qu’à m’appeler et je serai là.
- Maintenant, nous allons chanter une prière, dit-il en lui tendant un petit parchemin sur lequel était écrit dans sa langue un poème qu’ils entonnèrent sur une litanie monocorde :

Par delà les monts et les plaines
Par delà les forêts et la mer
Par delà les frontières du visible
J’implorer ta clarté et ton amour
De venir m’assister et me guider
Dans le monde sans forme
Sans haine et sans obstacle.
Je te présente le monde comme offrande
Sous la forme d’éléments du visible
Fragile et éphémère symbole
En remerciement de la vie manifestée.
Que les ailes de ton esprit
Continuent à nous protéger
Et à nous guider vers la Terre Pure
Dont nous sommes tous issus.
Que les pouvoirs et les enseignements
Divulgués en ce lieu et en ce jour
Inonde le monde de ses bienfaits
Pour la gloire rayonnante du Gamdza
Qui nous a vus naître et nous verra périr
Au moment de rejoindre le Grand Tout.

Leurs voix se perdirent dans le silence. Un papillon se posa sur l’épaule de Norwan. Un tourbillon de vent s’enroula autour du lieu sacré. Le ciel se voila légèrement, une lumière pastel enveloppa la clairière d’une teinte dorée. Un cheval blanc sortit alors du bois, en marchant tranquillement dans leur direction. Une corne finement ciselée ornait son front. Ses sabots semblaient effleurer le gazon, maintenant d’un vert absolu. Les clochettes de son licou tintinnabulaient dans le vent. Et soudain, Elle était là, un corps de cheval, un corps de femme, la poitrine nue, ses cheveux blonds ornés de fleurs bleues, les violettes de l’offrande, son collier paré de trois pierres éclatantes et d’une quatrième, vert émeraude, de la même couleur que ses yeux, qui brillaient de mille éclats. Une écharpe de mousse cachait à peine son long cou blanc. Sa fine main tenait une branche de pouvoir en forme de triton, qui semblait bien vivant. De l’autre, elle tenait une pomme de pin en or, qui diffusait une douce lumière sur son visage. Elle s’avança et tendit la main au jeune homme qui la prit, tout simplement. Il la suivit, en laissant ce corps, étalé sur la couverture, et Norwan le regarder partir. Ils entrèrent dans le rocher, l’espace était immense, sans fin, inexorablement infini.

Ils quittèrent la troisième dimension.

Il la suivait en toute confiance, elle était belle. Elle lui parlait de lui, et ils traversèrent l’espace et le temps. Ils arrivèrent, dans un autre pli temporel, sur le sommet d’une montagne, sans effort apparent. Un soleil bleu de fin d’après-midi inondait le ciel de sa chaleur puissante. L’aigle se posa d’un battement d’aile sur son nid, sur le pic de roche acérée où ils se trouvaient. La vue était époustouflante. C’est le royaume de Loxydis, lui dit-elle de sa voix mélodieuse, à la fois douce et forte, dans la périphérie de Sirius, la planète jumelle. Il voyait le champ énergétique de toute chose, avec ravissement : un spectacle sans nulle autre pareil s’offrait à sa vue ; aucun mot en sa connaissance ne lui vint à l’esprit. Ils se déplacèrent vers la plaine, au milieu d’un champ de fleurs mauves. Un nuage arriva autour d’eux et des rires fusèrent. Les fées mutines viennent te souhaiter la bienvenue. Puis elles s’en allèrent plus loin égrainer leurs rires.
Il réalisa que l’espace s’était distendu ; la plaine rougeoyante qui les entourait était immense, presque sans limite. Tout allait si vite, et en même temps, si lentement. Le temps, comme de la mélasse, était gluant et sucré.
Soudain, venant des montagnes de l’est, une sorte volatile imposant par sa taille et la vitesse de son vol se détacha sur le ciel devenu rose. Une sorte de reptile à quatre pattes, une longue queue, un corps couvert d’écaille, une grosse tête cornue. En quelques battements de ses ailes immenses, il se posa à côté d’eux. Il sut que c’était le dragon. Il était confiant, et honoré que l’animal vint les accueillir.
Je suis le roi de Loxydis, dit la voix du dragon dans l’esprit d’Amibatah. Sa voix, comme celle de Destrya, était puissante et douce, mais sa vibration était très différente, plus profonde.
Ce royaume m’appartient. Je suis ce royaume. Sois le bienvenu, Amibatah, fils de Dennish et d’Ylda ! Tu es là pour recevoir le secret du Gamdza qui t’ouvre les portes du voyage inter dimensionnel. Ta mère est déjà venue et elle a trouvé ici la clé secrète. A ton tour d’ouvrir ton esprit pour franchir la Porte du Gamdza. Veux-tu être initié à l’esprit du Gamdza ?
- Oui, je le veux, de tout mon être.
Sois en digne toute ta vie durant et respecte à jamais toute forme de vie ! Ne donne jamais plus la mort, sinon l’accès à cette dimension se fermera pour toujours ! C’est la première décision que tu dois prendre. Acceptes-tu de prendre ce vœu?
- Oui, je l’accepte. Jamais plus je ne donnerai la mort.
Le deuxième vœu que tu devras prendre, c’est celui du Don Absolu, qui consiste à consacrer ta vie à aider ton prochain, quel qu’il soit, et de le guider vers la sagesse du Gamdza, en fonction de ses capacités. Tu deviendras un guide pour l’aveugle, une nourriture pour l’affamé, une richesse pour le pauvre, un enseignant pour l’ignorant, un père pour l’orphelin, un protecteur pour la victime, un serviteur pour le roi et un roi pour le serviteur. Veux-tu prendre le vœu du Don Absolu ?
Amibatah réfléchit à cette proposition si profonde, et il estima que ce vœu était à sa portée. Son âme s’ouvrit et il prononça solennellement : « Oui, je veux prendre le vœu du Don Absolu, de tout mon cœur ».
Alors prépare-toi à recevoir cette initiation !
Loxydis recula d’un pas, prit une grande inspiration, et cracha un puissant jet de flammes incandescentes qui le carbonisa instantanément. Il hurla de douleur dans le brasier aveuglant. Surprise, injustice, révolte, haine, souffrance, tristesse, regrets, désespoir, effondrement, anéantissement le submergèrent simultanément. Mort ! MORT ! Je suis MORT. Son corps et l’image qu’il s’en faisait était détruit, anéanti.
Le dragon avait cessé de projeter les flammes de l’enfer. L’esprit d’Amibatah observa Loxydis, baigné d’une aura immense et multicolore. Il observa Destrya, qui se tenait à ses côtés, elle aussi nimbée de lumières aux couleurs de l’arc-en-ciel ; son apparence était radicalement différente de la femme qu’il avait vue, mi-humaine, mi-cheval. Elle était un astre d’amour pur. Lui-même était un astre de pur amour.
Loxydis l’invita en lui. Il accepta l’invitation. Ses yeux, sa perception des choses devinrent celles du dragon. Il s’envola avec lui. Quelques grands mouvements d’aile, et il se trouva largement au-dessus du sol. Il était facile de planer. De prendre de la vitesse. Il battit des ailes et commença à survoler son royaume, de monts et de vaux. La perception était aiguë, ultra-précise, et les sensations intenses, enivrantes. De villages en village, il traversa la contrée et s’approcha d’une ville, construite en pierre. Il se posa, là, sur le toit d’une de ses demeures. A ce moment, il sentit qu’ils devaient se séparer. Sa présence le submergeait. Trop forte. Trop extrême.
II se retrouva, seul, instantanément, à l’endroit où ils se trouvaient avant de partir avec le dragon. Il chercha Destrya, tout autour de lui, il n’y avait plus personne. Seul. Un vertige s’installa. Il comprit sa propre solitude. Il se rebella. Il comprit sa rébellion. Un nœud se forma, celui de la peur. Il comprit sa peur. Mais aucun de ces trois démons ne le quittèrent. Sa face obscure surgit de l’ombre comme un serpent. La solitude était son nouveau fardeau, il devra dorénavant composer avec. L’esprit rebelle le secouait au plus profond, avec pour toile de fond la colère de l’injustice. Ce cheval fou, c’était son tempérament ! Son talon d’Achille, aussi. La peur était tapie, comme un tigre, pleine de cauchemars et d’effroi. Le ciel devint sombre et les éclairs illuminaient l’horizon. Le tonnerre fit trembler la terre sous ses pieds. Où était Destrya ? Que dois-je faire ? Comment je retourne à mon corps ? Je l’ai presque oublié. Norwan ! NORWAN !!!

17. Xénia se lance dans son projet

Par une belle après-midi de cet été qui se prolongeait pour le plaisir de tous et la promesse de belles récoltes, Xénia se préparait à aller voir son mari pour obtenir de lui l’autorisation de se rendre à Phénycia après les moissons. Elle décida de choisir une tenue qui mettrait sa beauté en évidence. Sa fidèle servante, Eméride, l’aida dans son choix et elle opta pour une légère robe orangée, moulant ses courbes, coupée dans un tissu de coton léger et transparent, avec des falbalas brodés du plus bel effet. La peau mate de ses épaules, ses grands yeux bleu clair et les formes arrondies de sa poitrine étaient ainsi mis en évidence, comme une invitation à la volupté. Elle avait jeté sur ses épaules une étole pourpre, brodée d’or, qui laissait suggérer ses atouts. Elle arrangea sa chevelure devenue blonde et abondante grâce à la caresse du soleil, généreux cette année, en un petit chignon remontant sa coiffure pour dégager le cou et laissa courir quelques mèches folles qui lui tombaient dans le dos et sur les épaules. Xénia se sentait belle et désirable, pleine d’une sensualité que la chaleur ambiante avait exacerbée.

En dépit du fait qu’elle s’était refusée à Bargarn depuis la naissance de Shanon, elle n’en conservait pas moins une affection pour son mari, malgré ses accès de violence, ses colères et son intransigeance. Elle savait aussi comment lui parler pour obtenir de lui ce qu’elle souhaitait, et souvent elle avait réussi l’amener là où elle voulait, et faire ce qui lui plaisait. Elle était la reine ! Personne ne l’oubliait, surtout pas le roi, qui cédait à ses demandes en échange d’une paix concernant ses affaires. Ses petites lubies sexuelles n’étaient pas un secret pour la reine qui fermait les yeux avec une certaine complaisance, pour autant qu’elle puisse continuer à jouir d’une certaine autonomie dans ses propres affaires et de faire bonne figure devant la cour qui lui vouait respect et dévotion. Sa popularité et son aura demeuraient intactes auprès de ses sujets et personne n’aurait songé à critiquer sa condescendance à l’égard des frasques du roi, qui restaient suffisamment dans l’ombre pour ne pas faire scandale au grand jour.

Elle savait ce qu’elle voulait obtenir de lui, et surtout comment lui parler. Le choix de sa tenue n’avait pas pour but de le séduire par ses charmes, mais plutôt de lui donner confiance en elle pour arriver vers lui pleine de détermination et dégager une énergie persuasive. Sa pratique subtile du Pönbo lui permettait en de nombreuses circonstances d’influencer de façon radicale son entourage, bien qu’elle n’en eût peu conscience. Face au roi, son aura de reine suffisait à faire passer ses volontés, pour autant qu’elles ne rentrent pas dans les prérogatives du mâle dominant qu’ilétait.

En se dirigeant vers ses appartements, elle repensait à ce cher Amenodon, qui lui avait ouvert les yeux sur des considérations qu’elle avait reléguées au second plan. Mais dorénavant, elle souhaitait mettre toutes sa détermination dans la réalisation de ce plan qui servait ses intérêts personnels : placer Wilburn sur le trône, établir une alliance commerciale avec Phénycia, sa patrie d’origine, et diriger le royaume à sa guise à la mort du roi en agissant avec son fils aîné, héritier légitime de la province de Tabargh.
Amenodon, sans le savoir, lui avait redonné un rôle et des responsabilités qu’elle avait jusqu’à présent négligés, ou tout simplement pas envisagés. La Reine Xénia avait encore sa place et son mot à dire dans la direction du royaume ! Elle et le Grand Chambellan avaient au moins deux points communs ; le premier était le goût pour les belles tenues, choisies en fonction des circonstances, et le souhait de faire du royaume une terre de paix et de propérité. Elle aimait en lui la finesse de sa diplomatie, ses manières précieuses et aimables, et le regard éblouit qu’il lui portait. Elle devinait qu’il n’était pas insensible à ses charmes et elle aimait en jouer. Une certaine complicité avait commencé à naître entre eux, à partir du moment qu’il s’était intéressé à la santé de Wilburn et à son éducation. C’était un homme bon avec ses enfants, et pour cela, elle lui en était très reconnaissante.

Comme toujours lorsqu’elle se présentait à la porte des appartements de son mari, les gardes se redressaient en arrangeant leur tenue tout en faisant des manières pour cacher leurs armes, qui ne convenant pas d’exhiber dans elle. Ils la laissèrent passer en esquissant un petit mouvement de déférence de la tête. Et comme toujours, elle frappa un coup, puis trois, sur la porte de chêne et entra sans attendre de réponse. La reine ne patiente pas sur le pas de la porte, elle est partout chez elle.
Bargarn était attablé devant une bouteille de vin et un verre à moitié vide, et la couleur rougeaude de sa peau lui indiqua qu’il était éméché, comme souvent après le repas de midi.
- Tiens voilà ma belle épouse ! On s’ennuie ? On a fini sa broderie ?
Bargarn ne voyait en elle qu’une femme de foyer, tout juste bonne à prendre le thé avec les dames de la cour et s’occuper à des travaux féminins de peu d’intérêt pour lui. En ce sens, il n’avait pas tout tort, mais il ne voyait pas tout ce que Xénia faisait pour l’aménagement du château et la décoration de ses abords. Elle s’était adjugé l’aménagement des jardins et des abords du château, et elle était la principale coordinatrice des banquets que le roi donnait régulièrement pour ses sujets. Elle ne releva pas la pique et au contraire lui sourit et la lui retourna :
- Je vois que mon cher mari profite de ce bel après-midi pour chanter les louanges de l’oisiveté et continuer à faire ripaille bien après le repas. Le rouge vous va à ravir, très cher !
De fait, le visage du monarque s’empourpra davantage. Son élocution pâteuse et ses yeux avaient tendance à se croiser lui confirmèrent qu’il serait malléable à souhait. Elle enchaîna immédiatement par un compliment.
- Le roi à fort à faire avec les problèmes du royaume qu’il dirige avec discernement ; il est normal qu’il prenne du temps pour se détendre et se reposer. Le roi doit se ménager et longuement méditer pour diriger le château et orchestrer la bonne marche de la province !
- Oui, tu as raison, le roi ne connaît pas de repos. Le soir je m’endors avec les soucis du roi, et au matin, je me réveille avec les problèmes d’un roi. Ce n’est de tout repos !
- Tu fais tout cela comme un roi ! Et je suis ta reine pour admirer tout ce que tu accomplis au fil des années, dit-elle avec un grand sourire destiné à flatter son égo royal ; ce jeu marchait presque à chaque occasion, mais le seul qu’il lui restât, car elle ne pouvait décemment pas admirer ses exploits de mâle. Elle sut qu’elle avait encore visé juste à la manière dont il se rengorgea. Elle en profita pour placer sa demande :
- J’ai reçu récemment des nouvelles de mon oncle Néméor, le chef de la Guide des marchands et il se fait vieux. Je ne l’ai pas vu depuis de nombreuses années et il n’a jamais vu notre fils Wilburn. Je souhaite aller lui rendre visite avec lui. J’en profiterai pour ramener des bibelots et des tissus de la cité phényciane ; ils font des étoffes merveilleuses. Je te choisirai un lot pour te faire une nouvelle garde-robe. Qu’en dis-tu ?
- Il est hors de question que tu partes seule avec Wilbrun aussi loin. C’est dangereux, et Wilburn est trop faible pour effectuer un tel voyage.
- Ton fils va bien, rassure-toi. Juste qu’il n’est pas taillé pour la guerre. Et puis l’air de la mer ne peut que lui faire du bien. Quant à moi, je ne partirai pas seule. Tu me donneras des gardes, une escorte royale qui saura me protéger. Tes hommes sont aguerris et ils pourront faire face aux petits brigands que nous pourrions rencontrer en chemin.
- Non, j’ai besoin de toi ici pour organiser les fêtes de la moisson.
- Justement, je voulais partir juste après les célébrations et revenir avant l’hiver. Ne t’inquiète pas pour cela, mon cher époux, dit-elle en battant des yeux. Tout ira bien.
- Je n’aime pas ton oncle. Trop ambitieux, trop puissant, trop perverti par les richesses, c’est un homme dont je me méfie.
- Tu as tort ! C’est un homme bon et modéré, qui sait gérer ses affaires avec intelligence et discernement. Et puis, nous pourrions en profiter pour établir un pont commercial avec le royaume ; nous pourrions certainement en tirer des bénéfices qui te permettront de mener à bien tes projets.
Le roi se resservit une grande rasade de vin qu’il but d’une traite, voulant montrer ainsi qu’il resterait inflexible. Mais Xénia qui le connaissait bien savait que la partie était presque gagnée. Elle s’approcha de lui et lui posa une main sur l’épaule et fit marcher sa pratique de la persuasion par ce contact délibéré. Son buste s’affaissa imperceptiblement sous l’effet du courant qu’elle faisait passer. Elle s’appuya un peu sur lui en s’asseyant à ses côtés et lui dit de sa voix la plus douce et ses yeux les plus charmeurs :
- Pour faire plaisir à ta reine, mon cher Bargarn, tu peux bien me laisser cela.
- A certaines conditions alors. Le Grand Chambellan t’accompagnera pour te guider, pour représenter le Protocole et t’aider dans tes négociations commerciales, car tu n’y connais rien.
-Accepté ! Quoi d’autre ?
- Je choisirai moi-même les hommes qui t’escorteront, car je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soi. Et je veux qu’un médecin fasse partie du voyage pour délivrer les soins à ton fils. Sa santé est si précaire. Un tel voyage risque de l’affaiblir.
- C’est entendu. Je ferai comme tu le souhaite et je me plierai à ta volonté, qui est pleine de bon sens et de sagesse.
Xénia jubilait intérieurement ; elle avait atteint ses objectifs, mais ne voulait pas trop montrer sa victoire. Elle se contenta de lui faire un large sourire et de lui donner un baiser sur le front, qu’il reçut en rougissant un peu plus.

Wilburn entra précipitamment dans le salon de Xénia. Il avait la mine réjouie et semblait tout excité.
- Mère, j’ai eu mon premier enseignement avec Messire Amenodon. J’ai appris des choses passionnantes aujourd’hui. Le Chambellan m’a fait un cours d’histoire et de géographie. On regardé des cartes et il m’a expliqué plein de choses sur les enjeux politiques et économiques entre le Royaume de Tabargh, Timnis et Phénycia. Il m’a aussi montré des peintures et des gravures anciennes. C’était très beau. Surtout Phénycia, avec son port et ses maisons aux toits blancs en forme de dôme.
Il était radieux, comme jamais il ne l’avait été, et cette vision remplit sa mère de joie et de fierté. Elle savait que son fils n’était pas idiot derrière son aspect fluet et fragile. Amenodon avait eu là une bonne idée ! Qu’un homme important s’intéresse à lui comme son père aurait dû le faire, et voilà que le jeune homme semblait revivre.
- Explique-moi encore ce qu’il t’a raconté.
- Amenodon m’a fait comprendre l’importance du commerce pour assurer une stabilité politique. C’est vrai, je n’y avais jamais pensé. Je croyais que la guerre et la puissance militaire étaient les seules possibilités pour que le royaume soit florissant. Mais si les commerçants viennent vendre leurs produits ici, et que les artisans fabriquent des biens de qualité, alors tout le monde voudra venir faire des affaires ici. Si pleins de gens accumulent des richesses, alors le royaume s’enrichira grâce aux impôts. Ce qu’il faut, c’est développer des échanges commerciaux avec nos voisins, et on ne pensera plus à faire la guerre ! Qu’en dis-tu, Mère ?
- J’apprends plein de chose grâce à toi. Je pense que tu as raison. Mais cela prend du temps à construire et il faut commencer maintenant. Ton père ne voit pas les choses de la même façon ; lui, c’est un homme de conquête. Il croit que la force a raison de tout. Toi, tu as compris que la force réside dans les échanges et le partage, non par la domination et la rapine.
- Dis-moi, tu crois vraiment que je pourrai devenir roi un jour ? Amenodon m’a dit que le jour où je deviendrai le roi, je pourrai façonner le royaume et bâtir un monde plus juste et meilleur. Je ne sais pas si je pourrai être comme Père un jour et diriger le royaume…
- C’est pourquoi tu dois bien étudier et comprendre où réside tes capacités et tes faiblesses. En tout cas, le protocole est très clair sur ce point ; c’est le fils aîné du roi qui prendra le trône à sa mort, après un an de régence. C’est moi qui serai désignée pour assurer cette période de transition. Je serai donc à tes côtés pour t’aider dans cette tâche.
- Je suis bien content de pouvoir compter sur toi. Je crains de ne pas être à la hauteur. C’est comme un poids sur mes épaules, tu sais, la responsabilité. Jusqu’à présent, on ne s’intéressait pas à moi. Je n’étais responsable que de moi. Et ma santé fragile va peut-être m’empêcher d’accéder à cette place. Tu sais, Octarius qui me donne ma potion et m’ausculte chaque mois me dit que je ne vivrai peut-être pas au-delà de vingt-cinq ans. Je vis avec cette pensée chaque jour, alors je n’arrive pas à penser devenir un jour le roi.
- Oui, c’est vrai, ta santé a toujours été un sujet d’inquiétude, mais il n’en sera peut-être pas toujours ainsi. Justement, je voulais t’annoncer une bonne nouvelle ; nous allons aller à Phénycia après les fêtes des moissons, je suis sûre que l’air de la mer te fera le plus grand bien.
Wilburn regarda sa mère d’un air interloqué. Il n’avait jamais imaginé qu’il puisse un jour s’éloigner du château, ne serait-ce que pour faire une promenade dans la forêt environnante. De là à faire un long voyage en dehors du royaume, cela l’effraya et l’excita dans une même mesure.
- Mais comment voyagerons-nous ? Je ne sais même pas monter à cheval…
- Ne t’inquiète pas, nous voyagerons dans une voiture sous bonne escorte, et Messire Amenodon nous accompagnera. Comme cela il pourra continuer à te donner tes leçons d’histoire et de géographie.
- C’est vrai, Mère ? Tu penses vraiment que je pourrai visiter Phénycia ? Depuis que j’ai vu les gravures et les peintures de cette cité, je suis attiré par cette ville.
- Nous irons voir mon oncle Néméor, qui t’a connu quand tu étais tout bébé. Il est le chef de la guilde des marchands ; mon projet est d’établir un pont commercial entre le royaume et Phénycia. Je pense que nous pourrons faire de bonnes affaires et développer des échanges avec des produits que nous n’avons pas ici. Ce sera très instructif pour toi. Qu’en dis-tu mon chéri ?
- Je pense que c’est une sacrée bonne idée ! déclara-t-il d’un ton enjoué. Et qu’en dira mon père ? Sera-t-il d’accord ?
- Ne t’inquiète pas pour cela, il a donné son accord. Il nous fera accompagner d’une garde rapprochée et d’un médecin. Réjouis-toi, nous partons à l’aventure !

La troupe, avec à sa tête le maître d’armes Gremlyn, arrivait en vue de Tabargh. La journée touchait à sa fin et les bêtes, comme les hommes étaient harassés par l’étape au pas de charge que leur avait imposée le maître d’armes. Aktorn et Wilfried avaient chevauché en tête de la colonne, aux côtés de Gremlyn, et ils souffraient horriblement des reins. Les hommes en queue de peloton avaient à s’accommoder de la poussière soulevée par les cavaliers et les chariots. Ils n’avaient fait qu’une courte halte en début d’après-midi, et ils avaient forcé l’allure dans l’espoir d’arriver au château avant la nuit. Déjà le soleil se couchait et ils ne parviendraient aux écuries que lors que le soleil serait déjà bien couché. Mais au moins, ils dormiraient dans leur lit ce soir, et cette pensée motivait toute la troupe à maintenir le rythme soutenu imposé par Gremlyn. En arrivant en vue du château éclairé de torches et de braseros, le maître d’armes songea au bien piètre butin qu’il ramenait à Bargarn. Pas de quoi pavoiser. Au lieu de ramener l’enfant mystérieux, il ramenait le bras de son père, qui avait été précieusement enveloppé dans un vieux drap. Le maître d’armes se demanda comment le roi accueillerait la nouvelle et frémissait d’avance de sa réaction. Il était capable de rentrer dans une colère noire. Heureusement qu’il ramenait les deux amis du garçon, cela fera diversion.

Trottant à l’avant de la colonne, Aktorn jetait ses dernière forces pour parvenir parmi les premiers au château. Il se sentait fier de lui. Il avait survécu à l’attaque dans le village et gardait un souvenir confus du soir qui suivit ce retour peu glorieux. Tout ce dont il se rappelait, c’était du thé aux épices qu’il avait avalé sans enthousiasme, puis d’un immense bien-être qui perdurait encore aujourd’hui. Son insouciance et son enthousiasme faisaient plaisir à voir, comme lorsqu’il prit son dernier cours de tir à l’arc. Par trois fois, il atteignit sa cible dans l’abdomen de l’épouvantail sur lequel il exerçait ses talents d’archer, et les deux dernières flèches vinrent se ficher dans la cuisse ou dans le bras de la cible de paille. Sa technique semblait imparable, mais il manquait encore de son concentration aux dires de son maître. Il se réjouissait aussi de raconter tout ce qu’il avait vu et vécu durant cette campagne à son petit frère Shanon, et à ses amis. Et puis, il y avait Wilfried, avec qui il avait partagé cette aventure, mais qui lui rentrait beaucoup plus marqué que lui. Il éprouvait pour lui un sentiment chaleureux, car ils s’étaient beaucoup rapprochés au cours de cette aventure, sa première expédition hors du royaume. Son cœur battait fort dans sa poitrine… il ne se doutait pas de l’accueil que leur réserverait son père.

Le parchemin des Terres Connues

Le parchemin des Terres Connues
Le royaume de Morthag

Tabargh

Tabargh
Le château de Tabargh pourrait ressembler à cela

Timnis

Timnis
Timnis, la Cité du savoir esothérique

Phénycia

Phénycia
La riche Cité phényciane

La Rivière d'Emeraude

La Rivière d'Emeraude
"La région des cascades constituait un écrin de végétation pour toutes sortes d’animaux qui nichaient dans les souches, s’abreuvaient dans le petit lagon qui s’étalait en contrebas et se nourrissaient de la végétation grasse et abondante." (Chapitre 4, Sur le sentier de Lassar)

Sur le chemin de Lassar

Sur le chemin de Lassar
La Rivière d'Emeraude avant les cascades

L'orage sur Luzii

L'orage sur Luzii
Le calme après la tempête

Le village de Luzii

Le village de Luzii
La place de crémation vue depuis le promontoire (Chapitre 7, Les derniers hommages)