L’intérieur de la maison de Norwan était simple et fort accueillant ; une grande table en bois au milieu de la pièce, une sorte de canapé couvert d’une peau d’ours, une armoire contre le mur et quelques ustensiles de cuisine disposés en bon ordre sur une étagère constituaient l’essentiel du mobilier. Au fond, sur la gauche, il y avait une porte qui donnait sur une chambre. Un petit feu brulait dans l’âtre, et une casserole d’eau chaude attendait pour faire une bonne tisane.
- Installe tes affaires sur le canapé et pendant que je nous fais un thé. Tu as faim, je pense. Voici du pain sur la table. Sers-toi et coupe-toi une tranche de ce jambon délicieux.
Amibatah ne se fit pas prier. Son sac aussitôt déposé, il s’assit à la table et commença à manger le pain et la cochonnaille, pendant que Norwan apportait deux tasses et une théière brûlante de thé noir et de thym. Il n’en fallait pas plus pour qu’Amibatah retrouve le moral. Pendant ce temps, Norwan donna à manger au chien et s’assit lui aussi à la table.
- Dis-moi, Amibatah, lui dit Norwan avec un regard pénétrant, et si tu me disais vraiment ce que tu fais ici, perdu au milieu de la montagne, seul et sans but apparent.
- C’est une histoire très compliqué, commença-t-il. En fait, des cavaliers de Tabargh me recherchent pour une raison que j’ignore. Je n’étais pas seul, mais mes deux amis, Brady et Isilda sont partis dans la direction opposée pour attirer mes poursuivants sur une mauvaise voie. Apparemment cette astuce a été un succès, car j’ai réussi à les semer, jusqu’à présent du moins. Mais je suis inquiet pour eux ; j’espère qu’ils ont pu échapper aux cavaliers de Bargarn et qu’ils sont sains et saufs. Ils ont attaqué mon père et l’ont gravement blessé. Je ne sais pas s’il a su s’en sortir vivant.
L’homme resta silencieux, tandis qu’Amibatah racontait son histoire ; il l’écoutait avec attention et hochait la tête de temps en temps en fermant les yeux. A aucun moment Amibatah se méfia de son hôte et il lui raconta ses mésaventures, sans craindre que ses confidences puissent se retourner contre lui et s’en étonna lui-même. Il ne connaissait rien de cet homme, et pourtant, il lui fit une confiance totale. Il tut pourtant l’épisode de la discussion avec son père concernant sa naissance. Tout en continuant à manger et à se désaltérer, il ouvrit son cœur et soulagea sa peine. A la fin de son récit, ils restèrent tous deux en silence et observèrent le chien-loup qui s’était roulé en boule près du feu et qui les regardaient en levant ses yeux doux vers eux ? Puis Norwan rompit le silence, estimant que le cœur du garçon s’était vidé.
- Et que comptes-tu faire maintenant ?
- J’ai peur qu’ils me retrouvent et me capturent ; mais je voudrais aller à Dewaschen ; je connais quelqu’un qui pourra m’accueillir ; c’est un vieux budviche que j’ai rencontré en allant à Lassar.
- Je vois. Tu as du cran et des ressources. Mais à mon avis, tu ferais mieux de rester quelques jours ici, jusqu’à ce qu’ils abandonnent les recherches. Tu sais, Dewaschen est loin d’ici ; tu devras passer par le Col des Aigles pour rejoindra la piste qui vient de Lassar et traverser la rivière par les Gorges de Turquoise. Tu en as pour au moins une semaine. Il faudra bien t’y préparer car il fait froid à ces altitudes. Alors, que décides-tu ? Tant que tu seras avec moi, tu seras en sécurité.
Amibatah fit mine de réfléchir puis déclara d’un ton solennel :
- D’accord, j’accepte votre proposition, mais je vous aiderais dans vos tâches pour rembourser le prix de mon séjour, car je n’ai pas beaucoup d’argent ; juste un peu de bronze, de quoi m’acheter à manger sur la route.
- Très bien, tu vas t’installer près du feu, je t’installerai une paillasse. Tu verras, tu seras bien ! Tu as besoin de retrouver tes forces, tu as une piteuse mine. Tu iras te laver à la fontaine et je te trouverai des habits propres pendant le temps que tu laveras tes affaires.
Tout à coup, l’animal se dressa, le corps et les oreilles en alerte et commença à grogner ; ses babines découvrirent sa mâchoire puissante et tout son poil se hérissa.
- Spark, silence, imposa Norwan d’un ton sec. Toi, tu vas dans la chambre et tu te caches derrière l’armoire. Et tu ne bouges sous aucun prétexte sans que ce soit moi qui vienne te chercher. Tu as bien compris ?
Amibatah était devenu livide ; il dut se contenter de hocher la tête et se dirigea en tremblant vers la porte qui donnait sur la chambre de Norwan. Pendant ce temps, Spark s’était posté devant la porte, attendant que son maître vienne ouvrir. A ce moment, il se précipita dehors en grondant, suivi de son maître.
Deux cavaliers étaient en train de franchir la rivière et se dirigeaient vers eux. Spark se mit à aboyer de façon menaçante et Norwan ne fit rien pour le faire taire. Ces hommes étaient des intrus dans le territoire du chien-loup et de son point de vue, ils n’étaient pas les bienvenus. Spark ne les laisser pas s’approcher plus près d’un certain point et les chevaux s’arrêtèrent et renâclant devant le carnassier aux babines retroussées. Norwan n’avait aucune arme avec lui, mais avec ses jambes bien campées et ses bras croisés, il toisa les intrus avec suffisamment d’assurance pour intimider les deux soldats. L’un d’eux prit la parole :
- Bien le bonjour à toi, gentilhomme. Nous recherchons un voleur qui a commis un crime de lèse-majesté. Aurais-tu vu passer ici un jeune homme fugitif ?
- Je n’ai vu aucun fugitif ayant commis un tel crime, déclara le propriétaire des lieux d’une voix forte. Vous savez, il ne passe que rarement des voyageurs dans les parages.
- En es-tu sûr, paysan ? Renchérit le second, cherchant à provoquer son interlocuteur. Le chien se mit à grogner de plus belle et les chevaux firent quelques pas en arrière.
-Garde ton espèce de loup à distance ! Ordonna le premier.
- Mon compagnon n’apprécie pas que vous mettiez mes paroles en doute. Il n’attend qu’un mot de moi pour vous sauter à la gorge. Il n’en fera donc rien si vous n’approchez pas plus dans son territoire. Vous savez, les bêtes de son espèce suivent leur instinct sauvage. Passez votre chemin, vous ne trouverez rien par ici. Votre criminel a dû s’échapper dans la forêt. Hâtez-vous, car la nuit tombe vite par ici.
- Bon, nous te remercions de tes indications, Gentilhomme, dit le premier. Si tu vois notre fugitif, je te demande de nous le livrer.
- Vous pouvez compter sur moi. Mais faites attention, il y a des sangliers qui rôdent la nuit dans les parages. Ce ne sont pas des bêtes commodes. Soyez sur vos gardes !
Après avoir salué Norwan d’un geste de la main, ils tournèrent bride et prirent la direction de la forêt et retournèrent d’où ils venaient. Spark revint vers son maître qui resta à les observer jusqu’à ce qu’ils aient disparu dans les bois.
-Tu peux sortir maintenant, dit-il d’une voix douce en rentrant dans la maison. Je crois que tout danger est écarté, ils ne vont pas revenir de sitôt. Mais il faudra rester prudent.
- J’ai tout entendu ! Je ne suis pas un criminel en fuite, je n’ai commis aucun crime se défendit Amibatah en sortant comme une furie de sa cachette.
- Dis-moi, jeune homme, qui crois-tu que je vais croire ? Un garçon franc et honnête qui a perdu sa mère et son père en quelques jours, ou une paire de cavaliers aux abois à la poursuite d’un garçon ayant commis un crime de lèse-majesté? Hein, à toi avis ?
Amibatah resta en suspend, ne sachant si son hôte se moquait de lui ou pas.
- En tout cas, je fais totalement confiance à Spark pour choisir ses amis. Lui, il t’a tout de suite fait confiance, au contraire de ces deux soldats hargneux et ridicules.
Pendant que Norwan préparait tranquillement une bonne soupe, Amibatah alla se laver à la fontaine et nettoya ses habits dans un bac d’eau chaude que son hôte avait préparé à chauffer pour lui. Il enfila la chemise, le pantalon et le chandail que Norwan lui avait prêté et revint s’abriter dans la cabane alors que la nuit tombait. Ils mangèrent une soupe aux légumes bien épicée, du jambon bien fumé et le reste de fromage qu’Amibatah avait ramené. Spark avait posé sa tête sur les genoux du garçon tandis qu’ils discutaient de choses et d’autre, comme deux amis qui se connaissent, ou plutôt comme un oncle et son neveu qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Norwan l’interrogeait sur sa famille, son village, sa vie et Amibatah se surprit à raconter sa vie avec beaucoup de plaisir à cet homme qui l’avait accueilli et qui s’intéressait à lui. Puis Amibatah lui demanda :
- Vous n’avez dit que vous habitiez à Timnis auparavant. Mes parents viennent de là-bas, mais moi je n’y suis jamais allé.
- Timnis est une ville étonnante, très riche, sur le plan culturel que spirituel. Sais-tu que les plus grand maîtres de toutes les voies du budzé et du gamdza y enseignent ou y ont enseigné. C’est là qu’il faut te rendre si tu veux obtenir des enseignements rares et précieux. Il y a des écoles prestigieuses, très prisées des grands disciples, mais comme partout, la soif du pouvoir et la quête de la voie s’entremêlent et cela donne lieu parfois à des intrigues et des nœuds d’embrouilles desquels il est difficile de se préserver. C’est pourquoi j’ai préféré m’éloigner de ce tumulte nauséabond et travailler ma quête loin de tout et de tous.
- Vous connaissez le gamdza ? Mon père m’a dit que ma mère était une grande pratiquante de la magie des animaux. Mais elle a arrêté de pratiquer après ma naissance et elle ne m’a jamais parlé de ce culte secret et interdit.
- Oui, je pratique aussi le gamdza ; je suis pour ainsi dire un maître, un gamdzé. Tu as dit que ta mère était une adepte ? Comment s’appelait-elle ? Je la connais peut-être ?
- Elle s’appelait Ylda.
En entendant son nom, le visage de Norwan s’assombrit brusquement.
- Oui, je la connaissais. Paix à son âme. C’était une jeune fille pleine de capacités et dotée d’un pouvoir miraculeux avec les animaux qu’elle habitait.
Un silence douloureux s’installa entre les deux compagnons. Norwan lâcha dans un soupir :
- Je suis désolé pour toi, gamin. Il lui passa la main dans les cheveux, et dans un geste pur et simple, il le prit dans ses bras et le pressa contre sa poitrine. Ils restèrent ainsi quelques instants, laissant circuler entre eux une énergie faite de compassion, de reconnaissance et de miséricorde.
Puis, soudain, il eut comme une illumination et il s’exclama :
- Tu as sûrement hérité de son pouvoir. La force du Gamdza est souvent héréditaire. Si tu veux, je t’enseignerai les premiers piliers. A condition que tu restes quelques temps avec moi, disons deux semaines. Ca te va, garçon ?
- Oui, j’aimerais beaucoup cela. Mais je n’y connais rien ; personne n’en parle à Luzii, c’est une pratique secrète et interdite. Comment faites-vous ? C’est vrai qu’on peut habiter un animal et se déplacer, courir et voler comme un animal ? C’est difficile ? Est-ce qu’il faut prendre une potion ou une drogue.
- C’est vrai, certains adeptes choisissant la voie facile et intrusive prennent certaines drogues pour y parvenir. Mais le côté pur du gamdza, la voie impériale, on n’utilise que son esprit. C’est une sagesse qui nous été transmise dans la nuit des temps par les Elfes, avant qu’ils ne quittent cette dimension d’existence qui est la nôtre. La sagesse elfique était noble et pure, mais la soif de pouvoir et le besoin de contrôle des hommes ont perverti leur sagesse ; c’est une des raisons pour lesquelles ils ont abandonné ce monde pour une dimension supérieure. L’art que j’exerce est resté très proche de leur approche, avec un même esprit pur et respectueux de l’esprit de l’animal que j’habites. De cette façon, il n’y aucunement besoin d’utiliser un moyen extérieur qui altère la relation que tu es sensé établir avec ton hôte.
- Et tu peux habiter tous les animaux de la création ?
- Non, seulement les mammifères supérieurs, car eux seuls peuvent comprendre et accepter qui tu les incarnes. Et cela n’a aucun intérêt d’habiter un insecte ou un ver de terre. Tu risquerais de te faire manger…
- Quels animaux tu incarnes ? Est-ce que tu as déjà incarné Spark ? Sans s’en rendre compte, Amibatah avait commencé à tutoyer Norwan, emporté par son enthousiasme et sa curiosité, et Norwan sourit intérieurement et laissa faire naturellement ce rapprochement spontané.
- Oui, bien sûr, Spark est mon principal compagnon de gamdza; je sais tout de lui, et il sait tout de moi ; du moins au niveau émotionnel. Je suis complètement transparent pour lui. Il est mon maître, il m’apprend la vie sauvage, la liberté d’être, le plaisir de vivre dans la nature. Nous sommes étroitement liés, lui et moi.
- Et avec d’autres animaux, c’est pareil ?
- Non, chaque animal est différent et réagit à sa façon. Tu ne peux pas savoir avant d’avoir essayé. Par exemple, aujourd’hui, j’ai incarné un vieux cerf majestueux, et c’est là que nous nous sommes croisés, ce matin. Nous vous avons vus, toi et tes compagnons, mais nous avons préféré disparaître, car nous étions enclins à côtoyer des humains. Ce n’était pas notre histoire, pas notre genre de vibration, si tu peux comprendre cela. Mais je pense que ce n’est pas hasard que tu es arrivé jusqu’ici. Tu as suivi les traces du cerf, sans vraiment le savoir, et tu as été attiré par le gamdza, cette force que tu as reçue de ta mère et qui ne demande qu’à naître et se développer en toi.
- Que faut-il faire pour y parvenir ?
- Tout d’abord, il faut apprendre à quitter la troisième dimension pour entrer dans la quatrième, celle qui te permet de voyager en dehors de ton corps. Ceci se développe par une méditation particulière, basée sur la pulsion de l’esprit, qui est plus vibratoire que celle du corps. Mais, au contraire de ce que tu pourrais imaginer, l’esprit à ce moment est totalement calme et ouvert, comme les étoiles dans le ciel, sans limite, sans entrave, sans attaches. Ensuite, ton esprit s’échappe et se libère de la contrainte corporelle, mais dans cet état, il doit trouver un hôte pour l’accueillir ; et cela doit se faire dans un respect total de l’animal, qui doit te reconnaître et t’accepter. Sans cela, tu risque de vouloir prendre le pouvoir et de lui voler son espace vital ; un animal intrusé sans son consentement perd sa vibration intrinsèque, voit ses forces de vie se faire aspirer et il peut mourir. Et tu n’as pas intérêt à rester dans l’esprit d’un animal qui se meurt, car tu peux y laisser des plumes, et même ta vie.
- Mais comment tu fais ? Tu lui parles, tu lui demande la permission ?
- Non, ce n’est pas par la parole que tu t’adresses à lui, mais avec l’esprit ; c’est au-delà des mots, qui n’ont aucun sens pour les animaux. C’est un langage direct, sans parole, sans véritable concept. Cela s’apprend. Chaque animal a sa propre manière de communiquer, sa propre vibration, son propre langage, que tu découvres au fur et à mesure de tes incarnations successives dans le même animal. Pour l’incarner, tu dois obtenir son consentement. A partir du moment où il t’a admis, vous êtes deux dans un seul corps et vous décidez ensemble. Et petit à petit une complicité s’établit.
Amibatah observait attentivement Norwan, qui avait les yeux dans le vague et semblait ailleurs, perdu dans ses sensations, puis il baissa les yeux et tous trois s’installèrent dans une communion silencieuse. Puis Amibatah, d’une voie feutrée, demanda :
- Qui est Spark ? Depuis combien de temps est-il ton compagnon.
Norwan ouvrit les yeux, sortit de sa méditation et raconta doucement :
- Un jour que je me promenais dans les environs, j’ai découvert ce chien-loup pris à un piège, près de la rivière. Il était mal en point et il avait perdu beau de sang. Si je ne faisais rien, il allait mourir, c’était sûr. Je l’ai pris pour un loup au début et j’étais sur le point d’achever ses souffrances, mais il m’a regardé dans les yeux et j’ai vu dans son regard suppliant une lumière, quelque chose comme un appel, un cri et signe tout à la fois, qui m’a touché le fond de l’âme. Je me suis décorporé, comme j’avais appris à le faire, et il m’a laissé rentrer tout de suite en lui. J’ai aussitôt ressenti sa douleur et sa panique qui m’a littéralement envahie. A cette époque, j’avais fui toute civilisation et je m’étais enfermé dans l’isolement et le rejet du monde. J’ai ressenti alors une bouffée de compassion et j’ai pris sa douleur sur moi, par la pratique profonde de libération de la souffrance du Grand Budze et il a pu alors m’apprendre son histoire. Sa mère était une louve qui avait conçu deux louveteaux avec un chien de berger et qui les avaient élevés seule. Il n’a jamais connu la meute, car sa mère en avait été chassée, et un jour, alors qu’elle était partie chasser pour eux, elle s’est fait tuer par un braconnier. Elle et sa sœur avaient dû apprendre à se débrouiller dans la forêt ; différents des loups, et différents des chiens, ils n’avaient nulle part leur place. Ils formaient une petite meute à eux deux. Ils étaient très liés, mais aussi très différents ; elle était plus sauvage, plus proche du loup que lui. »
« Quand je suis sorti de son esprit, il était à bout de force, et moi aussi ; nous n’étions pas restés très longtemps en contact mental, mais beaucoup de sa vie avait coulé dans la mienne. Alors je l’ai délivré et je l’ai amené chez moi pour tenter de le guérir. Il était très faible et il a mis plusieurs semaines à se remettre. Sans mon intervention, il serait mort. Et pendant tout ce temps, je ne suis pas entré en contact mental avec lui, de peur de compromettre sa guérison. Et là, inversement, beaucoup de ma vie a culé dans la sienne. Nous sommes devenus des compagnons l’un pour l’autre. Parfois, sa sœur passe à proximité de la cabane et elle appelle son frère. Jamais elle ne s’approche ni n’entre dans la maison. Elle est restée sauvage. Alors Spark va la rejoindre dans la forêt et ils partent quelques heures ensemble, sans doute pour chasser, ou simplement pour courir ensemble dans la forêt. Puis à la nuit tombée, Spark revient ici et nous ne parlons pas d’elle. Je ne connais pas son nom ; je ne sais d’ailleurs pas si elle en a un. Spark, c’est le nom que je lui ai donné en traduisant le son qu’il émettait en parlant de lui. Ça s’est imposé tout seul ; il est Spark».
Norwan se leva, vida sa tasse de thé et rangea un peu la table. Il avait fini de parler. Sans doute n’avait-il pas autant parlé depuis fort longtemps. Amibatah se leva à son tour, suivi de Spark, et prépara son couchage sur la paillasse que Norwan lui avait installée près du feu.
Dans le campement installé au pied de la falaise, Farzog avait rejoint le capitaine Zorn dans la tente où étaient ligotés les deux enfants. Ceux-ci avaient dit tout ce qu’ils savaient, et pour ainsi dire rien qui puisse les aider à retrouver la trace d’Amibatah. Ils étaient terrorisés et tapis dans un coin de la tente. Zorn se retourna vers Farzog et lui demanda si de son côté il avait des informations.
- Tous les hommes sont rentrés maintenant, et personne n’a pu repérer sa trace. Il a dû s’enfoncer dans la forêt. Nous reprendrons les recherches demain. Mais ce sera difficile. Je ne pense pas qu’il ait fait un feu, car je l’aurais repéré avec le hibou que j’ai utilisé. Que comptez-vous faire d’eux ?
- Je n’en sais rien encore. Ils ne nous sont pas d’une grande utilité. Peut-être pourrions-nous les emmener au château pour l’attirer jusqu’à nous. Ils feront une bonne monnaie d’échange. Les habitants de Luzii nous le livreront peut-être contre la vie de ces deux garnements. Nous verrons demain.
Brady et Isilda se sentirent rassuré pour leur ami, mais la crainte grandissait en eux. Ils redoutaient de pourrir dans les geôles de Bargarn et de servir d’appât à leur ami. La nuit se referma sur eux quand les deux hommes quittèrent la tente en emportant la lampe à huile.
